Le milliardaire Belge qui veut construire un mini-Dubaï libertarien à côté de la Guadeloupe…

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Le milliardaire Belge qui veut construire un mini-Dubaï libertarien à deux pas de la Guadeloupe…
Le projet est de construire une ville grande comme un micro-état. Destiny veut recréer, dans les Caraïbes, le succès de Dubaï, de Monaco et de Singapour. Avec les mêmes recettes : micro-fiscalité et maxi accueil pour les plus Riches…
Mais qu’est-ce qu’il leur prend, à ces milliardaires ? Imaginez qu’un type achète près de 1000 hectares d’une petite île des Caraïbes pour y construire sa propre cité-état. Une véritable enclave futuriste, conçue pour accueillir jusqu’à 10 000 personnes, avec ses propres règles, ses propres mécanismes de règlement des conflits et même sa propre monnaie. Impossible. Et bien non! C’est le projet Destiny, porté par le Belge Olivier Janssens, sur l’île de Nevis. Et ca avance puisque l’administration de Nevis a voté en faveur du projet. IL faut dire que les promesses sont séduisantes : 10 millions de dollars pour des infrastructures locales, 10 % des bénéfices reversés au gouvernement et des emplois pour les habitants…
Olivier Janssens, devant une vue reconstitue de son projet. Sur le site de Destiny, le Belge affirme qu’il investira 50 millions de dollars dans ce projet de plusieurs milliards de dollars. L’État y détiendrait une participation de 20 %, ce qui permettrait, affirme-t-il, aux habitants de bénéficier d’une part des bénéfices.
Olivier Janssens a tout d’un personnage romanesque comme notre époque les adore. Pour ses admirateurs, c’est un entrepreneur visionnaire, enrichi dans les technologies et les cryptomonnaies. Il s’est entouré de professionnels, comme le cabinet d’architectes américain SOM (Skidmore, Owings & Merrill), qui a dessiné une partie du National Mall de Washington; Broadgate à Londres, le nouveau coeur urbain de Jeddah et surtout l’immense tour Burj Khalifa.
Un résident très entreprenant
Et si Janssens a choisi cette petite île des Caraïbes pour son projet, c’est parce qu’il y réside depuis dix ans (en profitant au passage de sa fiscalité très légère). Pour ses détracteurs, c’est au contraire l’archétype du milliardaire libertarien qui veut réinventer la société selon ses propres règles, persuadé, comme d’autres « libertariens », que les Etats traditionnels sont devenus trop lourds, trop coûteux et trop bureaucratiques. Un provocateur et apprenti démiurge, capable de transformer une île entière en laboratoire de ses convictions.
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Et ce territoire, c’est Nevis, un petit cailloux paradisiaque des Caraibes, à 450 kilomètres seulement de la Guadeloupe. L’île fait à peine 93 km² de superficie et compte 13 000 habitants. Ce qui veut dire que Destiny pourrait accueillir une population presque aussi importante que celle qui vit déjà sur l’île. Pour un projet qui occuperait à lui seul environ un dixième du territoire. Janssens ne veut pas simplement construire un resort ou un lotissement de luxe. Il veut créer un nouvel écosystème, avec logements haut de gamme, hôtels, infrastructures médicales, technologies, énergie et activités économiques.
Les îles Saint-Kitts-and-Nevis (ou Saint-Christophe-et-Nevis) sont situées entre la Guadeloupe et Antigua. C’est sur la côte sud de la plus petite des deux îles, Nevis, que Destiny, une communauté libertarienne, devrait voir le jour. Janssens, à travers sa société « South Nevis », y rachète tous les terrains disponibles.
Et surtout, il ne cache pas son inspiration. Son modèle, ce sont ces petits territoires capables d’attirer les capitaux, les entrepreneurs et les grandes fortunes en leur offrant un environnement radicalement différent des États traditionnels. Il cite notamment Dubaï, Monaco et Singapour comme références. Avec comme argument principal la faiblesse des impôts et l’environnement « business friendly », comme on dit…
Une lubie isolée? Pas vraiment. Depuis quelques années, une nouvelle génération d’entrepreneurs et d’investisseurs rêve de créer des territoires à leur image. Au Honduras, Próspera, sur l’île de Roatán, expérimente depuis 2017 une zone à réglementation très particulière destinée notamment aux start-up de la fintech, de la biotech et de la robotique. Peter Thiel, Marc Andreessen et Sam Altman figurent parmi les investisseurs associés au projet. (Spoiler : ca se passe pas très bien. Depuis la remise en cause de son cadre juridique par la Cour suprême hondurienne, ses promoteurs réclament aujourd’hui environ 11 milliards de dollars au Honduras)
Soutenue par des milliardaires américains comme Peter Thiel, la zone de développement Prospera, au Honduras, traverse une période de troubles, après une décision de la Cour Suprême du pays revenant sur son statut juridique spécial… et ses avantages.
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Il y a aussi le projet Praxis, qui veut créer une ville privée pour entrepreneurs et investisseurs autour de la Méditerranée. Et puis California Forever, en Californie, qui ambitionne de bâtir une ville nouvelle soutenue par des fortunes de la Silicon Valley. Il faut aussi compter avec, dans l’univers crypto, le mouvement des network states. Il imagine carrément des communautés capables de fonctionner comme des mini-pays, sans forcément commencer par posséder un territoire souverain.
California Forever est un projet en Californie, assez contesté mais soutenu par des milliardaires comme Reid Hoffman, Marc Andreessen et Laurene Powell Jobs, de construire une ville de 400 000 habitants, piétonnisée et arborée, sur des terrains agricoles dans le conté de Solano.
Destiny appartient donc à une tendance beaucoup plus large. Les ultra-riches ne veulent plus seulement acheter des maisons, des yachts ou des îles. Certains veulent désormais acheter l’environnement dans lequel ils vivront. Mais dans la lilliputienne île de Nevis, cette idée fait forcément débat. Parce que quand 10 000 nouveaux habitants arrivent sur une île qui en compte 13 000, la question n’est plus seulement immobilière. Elle devient politique. Qui décidera ? Qui votera ? Qui fixera les règles ? Et jusqu’où pourra-t-on aller dans la création d’une enclave privée sans finir par créer, de fait, un État dans l’État ? C’est toute l’expérience Destiny…
Et si Olivier Janssens réussit, il ne se sera pas contenté de construire une ville de luxe dans les Caraïbes. Il aura peut-être démontré qu’au XXIe siècle, la souveraineté elle-même peut devenir un produit immobilier.