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[revue] L’Azerbaïdjan au cœur du scandale Jared Kushner

REVUE DE PRESSE

Plus que jamais l’Azerbaïdjan se retrouve au cœur du nouveau grand jeu entre les grandes puissances, notamment au Moyen-Orient. Nouvelle exemple : le 22 octobre dernier, Vanity Fair dans son édition américaine a publié une enquête explosive du journaliste d’investigation Matthew Cole (qui a collaboré ces dernières années à The Intercept, The New York Times mais aussi des grands networks américains) mettant en avant le rôle de l’Azerbaïdjan dans des transferts financiers de plus de 700 millions de dollars que Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, aurait effectué d’une manière dissimulée lorsqu’il occupait le poste de conseiller diplomatique à la Maison-Blanche.

Ce dossier tentaculaire impliquerait aussi Mohamed Ben Zayed aux Émirats arabes unis, Benyamin Netanyahou en Israël ainsi que Mohammed ben Salmane en Arabie Saoudite. Révélé dans les pages de Vanity Fair, Cole le relate en longueur dans son nouvel ouvrage Princes And Thieves. Jared Kushner and Mohamed bin Zayed’s Secret Plot to Remake the Middle East (Simon & Schuster, 30 $), que l’on peut traduire par « les princes et les voleurs ».

Le piratage de Kushner par les services néerlandais

En introduction de son article pour Vanity Fair, Cole raconte :

« À la fin du printemps 2020, une source que je savais fiable m’a appelé avec une information. Le gouvernement néerlandais avait piraté le téléphone de Jared Kushner et l’avait surveillé alors qu’il accédait à un compte bancaire basé à Dubaï. Ce qui était étrange, disait la source, c’est que l’argent sur ce compte — des centaines de millions de dollars — provenait d’une banque en Azerbaïdjan. Plus important, Kushner semblait avoir transféré d’importantes sommes d’argent depuis le compte de Dubaï à d’autres personnes, notamment un seigneur de guerre, un mercenaire et un ancien tueur à gages. J’ai dit à ma source que cette histoire semblait absurde. Et pourtant.

Six mois plus tard, je me suis retrouvé à discuter avec quelqu’un d’autre au sujet du gouvernement des Émirats arabes unis et de son recours à des mercenaires dans les conflits au Moyen-Orient et en Afrique, lorsque j’ai demandé, sur un coup de tête, s’il savait quelque chose au sujet de Kushner et de virements bancaires depuis un compte aux Émirats arabes unis. Ma connaissance est restée silencieuse. Puis elle a répondu : “Oui.” »

Selon Cole, ce sont les services de renseignement militaires néerlandais (MIVD) qui ont réussi à accéder à l’iPhone de Jared Kushner dès 2018, via un agent russe qu’ils ont appréhendé et qui leur a donné « accès à l’une des ressources les plus sensibles du GRU [renseignement militaire russe, ndlr]. Basée à Rostov, en Russie, l’équipe de piratage et de cybersécurité du GRU exploitait un serveur distant sur lequel elle stockait une partie de son butin. En parcourant ces fichiers secrets, les Néerlandais ont fait une découverte stupéfiante : des captures d’écran de l’iPhone de Jared Kushner ». Et ils ont même réussi à s’introduire par la suite dans le fameux appareil : « les services de renseignement ont commencé à capturer chaque image de l’écran de Kushner au fur et à mesure qu’il l’utilisait, créant leur propre base de données de surveillance sur leurs serveurs informatiques internes ». C’est par ce moyen qu’ils ont finalement découvert les connexions de Kushner avec un compte bancaire situé aux Émirats arabes unis.

« L’Azerbaïdjan joue un rôle dans le blanchiment »

Ce compte, baptisé « Alpha », aurait reçu environ 750 millions de dollars, provenant de fonds saoudiens et émiratis ayant transité par une banque en Azerbaïdjan. Kushner aurait disposé d’une autorisation lui permettant d’effectuer des opérations sur ce compte, sans en être officiellement propriétaire. Certaines banques azerbaïdjanaises auraient ainsi servi d’intermédiaires pour convertir des fonds étrangers en dollars, moyennant des commissions estimées entre 6 et 7 %, dans des conditions de transparence limitées : « L’Azerbaïdjan joue un rôle unique dans le blanchiment d’argent, raconte Matthew Cole. Sa banque centrale détient d’importantes réserves en dollars américains, mais ne suis pas les normes les plus strictes en matière de transparence bancaire. De ce fait, les banques azerbaïdjanaises ont mis en place des pratiques bien établies, mais non rendues publiques, consistant à servir de relais pour d’importants transferts, dans le cadre desquels une devise étrangère est échangée contre un montant équivalent en dollars (…) Le client saoudien ou émirati envoie l’argent à la banque azerbaïdjanaise, qui utilise ensuite un autre compte bancaire interne pour transférer l’équivalent en dollars américains vers la destination demandée par le client. Pour les auditeurs, ce commerce parallèle est indétectable ». Cole affirme aussi qu’environ un milliard de dollars supplémentaire aurait transité, via un autre compte, par l’Azerbaïdjan vers Israël au printemps 2018, dans le cadre d’un second dispositif financier lié à Kushner : « On ne sait pas comment le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a eu connaissance pour la première fois de l’argent versé par MBZ à Kushner, mais une personne informée sur le compte “Beta” m’a confié que le Premier ministre avait encouragé Kushner à faire déposer cet argent à la Banque centrale d’Israël, sur ce qui semblerait être un compte gouvernemental ».

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Le journaliste va très loin et assure : « Au début du premier mandat de Trump, MBZ et MBS ont proposé de financer une caisse noire destinée à aider la nouvelle administration à atteindre ses objectifs de politique étrangère. L’idée était par exemple d’aider au financement du mur promis par Trump entre le Mexique et les États-Unis, dans le but de lui assurer un second mandat à la Maison Blanche. Les deux princes arabes avaient initialement discuté avec Kushner de l’injection de plus de 10 milliards de dollars dans le projet ». Finalement, seuls 2 milliards auraient été transmis et « fléchés » pour aider à faire avancer des dossiers diplomatiques au Moyen-Orient : « Le compte “Alpha” devait servir de fonds dédié à la politique étrangère, écrit Matthew Cole. Cet argent devait être supervisé et partiellement géré par Kushner et MBZ, qui, dans leur volonté de conclure un accord global pour mettre fin au conflit israélo-palestinien, estimaient que la carte de la région devait être redessinée.»

Jared Kushner conteste fermement ces accusations. Ses avocats démentent notamment l’existence de comptes secrets à sa disposition et affirment qu’il a respecté ses obligations légales. Ils ont notamment expliqué à Matthew Cole que Jared Kushner « n’avait conclu aucun accord ni arrangement avec des dirigeants ou des responsables de pays étrangers qui n’ait été approuvé par le président des États-Unis et qui ne soit pas dans le meilleur intérêt des États-Unis ».

Bakou, Tel-Aviv et… Paris

Reste une évidence : l’Azerbaïdjan, allié d’Israël1, joue désormais un rôle clé dans la diplomatie du Moyen-Orient. Et la famille Trump y dispose de nombreux relais. C’est d’ailleurs Donald Trump qui a mis fin au conflit opposant ces dernières années l’Azerbaïdjan à l’Arménie. Mais on l’a vu récemment encore, ce pays cache d’autres secrets pour la France aussi. C’est ainsi qu’en septembre dernier l’Élysée a exigé auprès des partenaires européens de la France la levée des sanctions à l’encontre d’un oligarque russo-ouzbek en contrepartie, selon le très sérieux Financial Times, de la libération de plusieurs ressortissants français alors emprisonnés à Bakou (un Français finira par être libéré). Dans un récent article, je rappelais que ce dossier était lié à l’affaire dite des « contrats russes » d’Alexandre Benalla – ce dernier ayant signé peu après son départ de l’Élysée un gros contrat avec Farkhad Akhmedov, un oligarque russo-azerbaïdjanais :

[

Le « chantage » de l’Azerbaïdjan sur Macron et Benalla

](https://marcendeweld.substack.com/p/le-chantage-de-lazerbaidjan-sur-macron)

Marc Endeweld

·

Sep 24

À Bruxelles, c’est la consternation. Depuis quinze jours, se sont déroulées d’étranges tractations diplomatiques entre les pays membres d…

[

Lisez l’intégralité de l’article

](https://marcendeweld.substack.com/p/le-chantage-de-lazerbaidjan-sur-macron)

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Enfin, rappelons que l’un des principaux mentors de l’ex-chargé de mission de l’Élysée (l’un des plus proches collaborateurs d’Emmanuel Macron entre 2016 et 2018) est au cœur des réseaux Trump comme je le dévoilais en début d’année :

[

Macron dans les mains de Trump : la vraie histoire

](https://marcendeweld.substack.com/p/macron-dans-les-mains-de-trump-la)

Marc Endeweld

·

Jan 4

Silence… Puis quand enfin la réaction arrive, c’est un docile alignement d’Emmanuel Macron à Donald Trump. Il finit par poster à 19h30 (heure de Paris) un message sur X dans lequel il semble justifier et non condamner la violation flagrante par les États-Unis du droit international :

[

Lisez l’intégralité de l’article

](https://marcendeweld.substack.com/p/macron-dans-les-mains-de-trump-la)

1

Ces dernières années, Bakou a resserré son alliance avec Tel-Aviv. En 2020, Israël a été l’un des principaux alliés et fournisseurs d’armes de l’Azerbaïdjan, lancé dans son opération de reconquête du Haut-Karabakh. Ensuite, la guerre contre l’Iran a fait du territoire azerbaïdjanais un poste d’observation stratégique. Dans un environnement hostile, Israël se repose aussi sur ce petit État du sud du Caucase pour son approvisionnement en hydrocarbures. Israël importe d’Azerbaïdjan jusqu’à 40 % de son pétrole et de son gaz.

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